Quels facteurs expliquent les écarts de prix entre deux marchés immobiliers similaires ?

# Quels facteurs expliquent les écarts de prix entre deux marchés immobiliers similaires ?

Les marchés immobiliers présentent souvent des écarts de prix surprenants, même lorsqu’ils partagent des caractéristiques géographiques ou démographiques apparemment comparables. Deux villes de taille équivalente, situées dans des régions voisines, peuvent afficher des valeurs au mètre carré radicalement différentes. Ces disparités ne relèvent pas du hasard : elles résultent d’une combinaison complexe de facteurs économiques, réglementaires, infrastructurels et comportementaux. Comprendre ces mécanismes devient essentiel pour tout investisseur, acquéreur ou professionnel de l’immobilier cherchant à anticiper les évolutions de marché et à identifier les opportunités. L’analyse comparative révèle que derrière chaque écart de prix se cachent des dynamiques territoriales spécifiques, des choix politiques locaux et des anticipations collectives qui façonnent durablement la valorisation immobilière.

Les indicateurs macroéconomiques structurels : PIB, démographie et pouvoir d’achat

Les fondamentaux économiques constituent le socle des écarts de valorisation entre territoires. Le produit intérieur brut par habitant d’une agglomération reflète directement sa capacité à générer de la richesse et à attirer des populations solvables. Une zone présentant un PIB par habitant supérieur de 20% à une autre affichera mécaniquement des prix immobiliers plus élevés, toutes choses égales par ailleurs. Cette corrélation s’explique par la concentration d’emplois qualifiés, de sièges sociaux et d’activités à forte valeur ajoutée qui caractérisent les territoires les plus dynamiques économiquement.

L’écart de revenus médians et le coefficient de gini dans l’analyse comparative

Le revenu médian des ménages constitue un indicateur plus pertinent que la moyenne pour comprendre les capacités d’acquisition immobilière d’une population. Lorsqu’une commune affiche un revenu médian de 35 000 euros annuels contre 25 000 euros dans une ville comparable, cet écart de 40% se répercute directement sur les prix d’équilibre du marché. Le coefficient de Gini, mesurant les inégalités de revenus, apporte un éclairage complémentaire : un territoire présentant de fortes disparités (Gini supérieur à 0,35) connaîtra une segmentation marquée de son marché immobilier, avec des quartiers huppés aux prix exorbitants coexistant avec des zones dévalorisées.

Les statistiques de l’INSEE révèlent que les villes affichant les revenus médians les plus élevés concentrent également les patrimoines immobiliers les plus importants. Cette accumulation patrimoniale crée un effet de rétroaction positive : les propriétaires aisés investissent dans l’amélioration de leur cadre de vie, attirant d’autres populations à fort pouvoir d’achat et renforçant ainsi la valorisation locale. À l’inverse, les territoires où le revenu médian stagne ou régresse entrent dans une spirale défavorable, avec un désinvestissement progressif et une érosion des prix.

La pression démographique : taux de croissance naturel versus solde migratoire

La dynamique démographique explique une part significative des tensions immobilières. Un territoire gagnant 2% de population annuellement par solde migratoire positif verra sa demande de logements augmenter mécaniquement, exerçant une pression haussière sur les prix si l’offre ne suit pas. Cette croissance migratoire traduit généralement une attractivité économique ou résidentielle forte : création d’emplois, qualité de vie, équipements publics de qualité. Le taux de croissance naturel (différence entre na

taux de natalité et de mortalité) joue également, mais son impact est souvent plus lent et prévisible. Deux marchés immobiliers similaires en apparence peuvent ainsi diverger fortement si l’un est porté par un afflux de nouveaux habitants actifs, tandis que l’autre ne croît que par vieillissement sur place.

Dans les métropoles régionales comme Nantes ou Montpellier, la combinaison d’un solde migratoire positif et d’une attractivité étudiante soutient une demande constante en logements, à l’achat comme à la location. À l’inverse, certaines villes industrielles en reconversion, pourtant de taille comparable, voient leur marché immobilier rester atone faute de renouvellement démographique. Pour comparer deux marchés, il est donc indispensable d’observer non seulement la population totale, mais aussi la structure par âge, le flux d’entrants et de sortants et la part des ménages en formation (jeunes actifs, familles).

L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) et inflation localisée

L’Indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) permet de comparer les niveaux d’inflation entre pays de la zone euro, mais il masque souvent les réalités locales. À l’échelle infra-nationale, certaines agglomérations connaissent une « inflation immobilière » bien supérieure à l’inflation générale. Quand les salaires progressent de 2 % par an mais que les prix de l’immobilier ancien augmentent de 5 à 6 %, le pouvoir d’achat immobilier se dégrade rapidement, ce qui renforce les écarts entre marchés.

On observe également des différences de structure de consommation : dans les territoires où le logement représente déjà plus de 35 % du budget des ménages, toute hausse de prix supplémentaire crée une tension accrue sur la demande locative et sur les arbitrages entre achat et location. À l’inverse, dans des villes où le coût du logement reste modéré, l’inflation générale pèse moins sur la capacité des ménages à accéder à la propriété. Deux marchés immobiliers similaires en taille peuvent donc diverger simplement parce que l’un est inséré dans une région à forte inflation des services et de l’énergie, quand l’autre bénéficie de coûts de la vie plus stables.

Le taux de chômage structurel et la précarité de l’emploi par zone géographique

Au-delà du simple taux de chômage conjoncturel, c’est le chômage structurel et la qualité de l’emploi qui influencent durablement les marchés immobiliers. Un territoire peut afficher un chômage global comparable à un autre, tout en présentant une forte proportion d’emplois précaires, de CDD courts ou d’intérim. Dans ce contexte, l’accès au crédit immobilier se complique, la demande solvable se contracte et les prix au m² évoluent moins vite, voire reculent.

À l’inverse, un bassin d’emploi où dominent les contrats stables et les secteurs à forte valeur ajoutée (numérique, santé, conseil, finance) crée une base solide d’acheteurs éligibles au financement bancaire. Les banques y accordent plus facilement des prêts, souvent à de meilleures conditions, ce qui soutient les prix. Deux marchés immobiliers similaires peuvent donc diverger car l’un repose sur un tissu économique fragmenté et peu sécurisé, tandis que l’autre s’appuie sur des emplois qualifiés, peu sensibles aux cycles économiques courts.

La disponibilité foncière et les contraintes d’urbanisme réglementaires

Au-delà des facteurs macroéconomiques, la mécanique des prix immobiliers se joue aussi au niveau très concret du sol disponible et des règles qui encadrent sa constructibilité. Deux agglomérations comparables en population et en dynamisme économique peuvent afficher des prix au m² radicalement différents si l’une dispose d’un gisement foncier encore abondant, tandis que l’autre est enfermée dans des limites physiques ou réglementaires. C’est un peu comme comparer deux magasins : le premier peut agrandir ses rayons à volonté, le second doit vendre plus cher chaque produit faute de place.

Les plans locaux d’urbanisme (PLU) : coefficients d’occupation des sols et zonage restrictif

Les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) déterminent précisément où, comment et à quelle densité il est possible de construire. Même si le coefficient d’occupation des sols (COS) a été formellement supprimé, l’esprit demeure à travers des règles de hauteur maximale, de retrait par rapport aux limites séparatives ou d’emprise au sol. Un PLU restrictif, limitant les hauteurs d’immeubles ou imposant de grandes surfaces de terrain par logement, réduit mécaniquement le nombre de logements pouvant être produits sur un foncier donné.

À l’inverse, un PLU plus généreux en termes de densité autorisée permet de « diluer » le coût du terrain sur un plus grand nombre de m² habitables, ce qui peut contenir le prix final. C’est l’un des grands paradoxes de l’immobilier : dans certains quartiers d’immeubles relativement denses, le prix au m² peut être plus accessible que dans des zones pavillonnaires très contraintes où chaque maison supporte une charge foncière importante. Ainsi, deux marchés immobiliers soumis à des règlements d’urbanisme différents peuvent diverger nettement, même si leurs indicateurs macroéconomiques sont proches.

La rareté foncière : espaces constructibles résiduels et zones protégées natura 2000

La rareté foncière ne tient pas seulement à la surface du territoire, mais surtout à la part réellement mobilisable pour la construction. Dans certaines agglomérations littorales ou de montagne, une large fraction des terrains est gelée par des contraintes environnementales (zones Natura 2000, risques naturels, bandes côtières protégées). Le foncier effectivement constructible devient alors une ressource rare, ce qui se traduit par une hausse marquée des prix, même dans des marchés immobiliers de taille moyenne.

Dans d’autres territoires, le potentiel d’extensions urbaines reste important, avec des friches, des zones à urbaniser ou des secteurs peu denses mobilisables. Cette capacité à ouvrir de nouveaux quartiers à l’habitat permet de contenir la hausse des prix, à condition que les acteurs publics et privés s’y engagent. Deux marchés immobiliers semblables en attractivité peuvent ainsi évoluer très différemment selon que le foncier constructible résiduel est abondant ou au contraire fortement contraint par des protections environnementales et paysagères.

Les servitudes d’utilité publique et leur impact sur la valorisation parcellaire

Les servitudes d’utilité publique (SUP) – servitudes de passage, protections des monuments historiques, zones de bruit des aéroports, risques d’inondation ou technologiques – affectent directement la valeur des parcelles. Une même surface de terrain, située dans deux communes voisines mais soumise à des SUP différentes, peut présenter un potentiel constructible radicalement distinct. Là où les servitudes limitent les hauteurs, interdisent certains usages ou imposent des contraintes techniques coûteuses, la valeur immobilière est mécaniquement réduite.

Pour un investisseur, analyser la cartographie des servitudes permet de comprendre pourquoi certains secteurs restent durablement décotés malgré une localisation a priori favorable. À l’inverse, des parcelles libérées de contraintes lourdes (par exemple après réalisation d’ouvrages de protection contre les inondations) peuvent connaître une revalorisation progressive. C’est souvent dans ces micro-différences réglementaires que se nichent les écarts de prix entre deux marchés immobiliers que tout semblait rapprocher.

Les politiques de densification urbaine : COS, SHON et emprise au sol maximale

Les politiques publiques de densification, encouragées notamment par les objectifs de « zéro artificialisation nette », modifient en profondeur la formation des prix immobiliers. En autorisant des emprises au sol plus importantes, des hauteurs accrues ou des formes urbaines plus compactes, les collectivités permettent de produire davantage de m² sur des terrains déjà urbanisés. Cela peut, à terme, amortir la montée des prix en augmentant l’offre potentielle, même si, dans un premier temps, la rareté du foncier bien situé peut susciter une hausse spéculative.

À l’inverse, des politiques locales défensives, refusant la densification au nom de la « préservation du cadre de vie », figent des quartiers entiers dans une faible intensité bâtie. Le résultat est souvent un renchérissement marqué des prix, qui exclut progressivement les ménages modestes et accentue les inégalités territoriales. Deux marchés immobiliers similaires en population et en attractivité peuvent donc diverger fortement suivant que leurs élus acceptent ou non d’augmenter la densité bâtie pour répondre à la demande.

Les infrastructures de transport et leur effet sur l’accessibilité territoriale

L’accessibilité constitue l’un des déterminants majeurs des écarts de prix entre marchés immobiliers. À distance kilométrique égale, ce n’est pas tant le nombre de kilomètres qui compte que le temps de trajet réel vers les principaux pôles d’emploi et de services. Une amélioration de 15 minutes sur un trajet domicile-travail peut suffire à reconfigurer entièrement la carte des valeurs immobilières à l’échelle d’une région.

Les réseaux ferroviaires grande vitesse : impact du TGV et des lignes RER sur la valorisation

L’arrivée d’une ligne à grande vitesse (TGV) ou la création d’une nouvelle gare de RER agit souvent comme un « choc d’accessibilité » pour le territoire concerné. De nombreuses études ont montré que, dans les cinq à dix ans suivant la mise en service, les prix de l’immobilier résidentiel augmentent significativement autour des nouvelles gares, parfois de 10 à 30 % selon la tension initiale du marché. C’est le cas de villes comme Reims ou Le Mans, dont la connexion rapide à Paris a repositionné le marché local auprès des cadres franciliens.

À l’intérieur des métropoles, les lignes de RER, tramways et métros structurent de véritables micro-marchés où chaque station constitue un repère de valeur. Deux communes voisines, situées à distance équivalente du centre, peuvent afficher des écarts de prix marqués simplement parce que l’une est desservie par une ligne structurante à haute fréquence, quand l’autre ne bénéficie que de bus moins fiables. Pour comparer deux marchés immobiliers, intégrer la carte des transports ferrés est donc indispensable.

La proximité autoroutière et le temps de trajet domicile-travail moyen

Les infrastructures routières jouent un rôle ambivalent. Une bonne accessibilité autoroutière peut rendre attractifs des marchés périurbains ou ruraux en réduisant le temps de trajet vers les bassins d’emploi. Des communes situées à 30 ou 40 km d’une métropole, mais bien connectées par une autoroute fluide, peuvent voir leurs prix se rapprocher progressivement de ceux de la couronne proche. À l’inverse, un engorgement chronique ou l’absence d’échanges directs limite cette valorisation.

La clé réside dans le temps de trajet domicile-travail moyen perçu comme acceptable par les ménages. Au-delà de 45 minutes à une heure de trajet quotidien, beaucoup renoncent à s’éloigner davantage, ce qui crée des seuils spatiaux nets dans la géographie des prix. Deux marchés immobiliers situés dans la même région peuvent ainsi diverger fortement si l’un bénéficie d’un accès direct à une rocade ou à une autoroute peu saturée, tandis que l’autre impose des trajets complexes et aléatoires.

Les projets du grand paris express et anticipation spéculative immobilière

Les grands projets d’infrastructures, avant même leur mise en service, déclenchent souvent des dynamiques spéculatives. Le Grand Paris Express en est l’exemple emblématique : autour de certaines futures gares, les prix au m² ont commencé à augmenter plusieurs années avant le début des travaux, portés par les anticipations des investisseurs et des promoteurs. Dans ces secteurs, le marché immobilier se projette sur le futur gain d’accessibilité et sur les transformations urbaines annoncées.

Cette anticipation n’est toutefois ni homogène ni parfaitement rationnelle. Certains périmètres voient leurs prix s’envoler au-delà de ce que justifiera réellement la nouvelle desserte, tandis que d’autres restent sous-valorisés par manque de visibilité ou de communication. Ainsi, deux marchés immobiliers similaires aujourd’hui peuvent évoluer différemment selon qu’ils sont, ou non, intégrés à la carte des grands projets de mobilité à horizon 10 ou 15 ans.

La fiscalité locale différenciée : taxe foncière et prélèvements obligatoires

La fiscalité locale constitue un autre levier expliquant les écarts de prix entre territoires. Même si elle ne représente qu’une part des charges globales d’un propriétaire, elle pèse sur le coût total de détention d’un bien immobilier et entre de plus en plus dans les arbitrages d’implantation. Deux villes voisines, offrant des biens similaires, peuvent être perçues très différemment selon le niveau de taxe foncière ou de prélèvements additionnels.

Les taux d’imposition communaux et intercommunaux : TEOM et taxe d’habitation résiduelle

Les taux de taxe foncière sur les propriétés bâties, auxquels s’ajoutent la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et, pour certains ménages encore, une taxe d’habitation résiduelle (résidences secondaires, ménages aisés), varient sensiblement d’une commune à l’autre. Dans des marchés immobiliers déjà tendus, une fiscalité locale élevée peut accentuer le coût annuel de détention de plusieurs centaines d’euros par an, voire davantage pour les grandes surfaces.

À l’inverse, certaines communes affichent des taux relativement modérés, ce qui améliore le « coût complet » du logement à long terme pour les propriétaires. Les acheteurs les plus avertis comparent désormais systématiquement ces niveaux avant d’arrêter leur choix. Ainsi, deux marchés immobiliers proches géographiquement peuvent diverger car l’un supporte une pression fiscale locale jugée excessive, ce qui pèse sur la demande et donc sur les prix.

Les dispositifs d’incitation fiscale : pinel, denormandie et zonages préférentiels

Les dispositifs d’incitation fiscale à l’investissement locatif (Pinel, Denormandie, ex-Scellier, etc.) sont eux-mêmes structurés par des zonages (A, A bis, B1, B2, C) définis par l’État. Être ou non classé dans une zone éligible peut faire la différence entre un marché très recherché par les investisseurs et un marché délaissé. Dans les villes classées en zone Pinel, la demande des investisseurs ajoute une couche supplémentaire de tension sur les prix du neuf, qui peut ensuite rejaillir sur l’ancien.

À l’inverse, des communes pourtant attractives mais exclues de ces dispositifs peuvent apparaître moins rentables sur le papier, ce qui limite l’arrivée de capitaux investisseurs. Cela ne signifie pas que leur marché immobilier soit moins solide, mais simplement qu’il se développe sur une base plus « patrimoniale » que défiscalisatrice. Ainsi, deux marchés immobiliers structurellement proches peuvent diverger uniquement parce que l’un concentre les avantages fiscaux nationaux, tandis que l’autre en est privé.

La fiscalité des plus-values immobilières et son effet sur la liquidité du marché

La fiscalité des plus-values immobilières, avec son barème d’abattements progressifs dans le temps, influence également la rotation du parc et, indirectement, le niveau des prix. Dans les zones où les prix ont fortement augmenté depuis 15 ou 20 ans, de nombreux propriétaires préfèrent conserver leurs biens jusqu’à atteindre l’exonération totale, afin d’éviter une imposition lourde. Ce comportement de rétention réduit l’offre disponible à la vente et entretient la rareté, donc les hauts niveaux de prix.

Dans d’autres marchés, où la progression des prix a été plus modérée, la fiscalité des plus-values joue moins comme frein à la vente. La rotation y est plus fluide, l’offre plus abondante et les tensions sur les prix moins extrêmes. Deux territoires à caractéristiques économiques proches peuvent ainsi présenter des dynamiques immobilières différentes simplement parce que le poids fiscal relatif de la cession y est plus ou moins dissuasif.

L’attractivité socio-économique : services, emploi et équipements publics

Au-delà des chiffres macroéconomiques, la valeur immobilière reflète aussi la qualité concrète du quotidien : écoles, santé, commerces, sécurité, vie culturelle. Deux marchés immobiliers partageant un niveau de revenus et une taille de population similaires peuvent diverger fortement si l’un dispose d’un « écosystème de vie » jugé supérieur par les ménages. En immobilier, la fameuse règle « emplacement, emplacement, emplacement » se décline aussi en « services, services, services ».

La densité d’établissements scolaires : quotient familial et classement des lycées

Pour les familles, la qualité et la proximité des écoles constituent un critère déterminant. Les classements publiés régulièrement sur les collèges et lycées créent de véritables micro-marchés scolaires, où la demande de logement est dopée à l’intérieur de certains secteurs de carte scolaire. Dans les grandes agglomérations, les quartiers rattachés à des établissements réputés enregistrent souvent des prix au m² significativement supérieurs à ceux des secteurs voisins.

La densité de crèches, d’écoles primaires et de services périscolaires entre également en ligne de compte. Un territoire offrant un bon maillage éducatif, combiné à des politiques de tarification avantageuses (quotient familial), attire davantage de ménages avec enfants, donc une demande solvable plus importante. Deux marchés immobiliers comparables peuvent donc se différencier durablement en fonction de la perception, parfois très affective, de la qualité de leurs écoles.

Le bassin d’emploi local : nombre d’entreprises implantées et taux de création

La structure du tissu économique local – nombre d’entreprises, diversité sectorielle, taux de création et de survie – influence directement la solidité du marché immobilier. Un bassin d’emploi dynamique, accueillant régulièrement de nouvelles activités (start-up, PME industrielles, services aux entreprises), crée une base stable d’acheteurs et de locataires. Les mutations professionnelles internes à ce bassin génèrent aussi un flux constant de transactions, ce qui soutient les niveaux de prix.

À l’inverse, un territoire fortement dépendant d’un seul employeur ou d’un secteur en déclin s’expose à des chocs brutaux : fermeture d’usine, plan social, délocalisation. Dans ces cas, la demande immobilière se contracte rapidement, notamment dans les segments familiaux. Deux marchés immobiliers similaires à un instant T peuvent suivre des trajectoires divergentes si l’un parvient à diversifier son économie et à attirer de nouveaux emplois qualifiés, tandis que l’autre reste prisonnier d’un modèle fragile.

Les équipements culturels et sanitaires : maillage hospitalier et offre de loisirs

La présence d’un hôpital de proximité, d’une clinique ou d’un centre de santé pluridisciplinaire rassure les ménages et renforce l’attractivité résidentielle d’un territoire, en particulier pour les seniors. De même, une offre culturelle riche (médiathèques, salles de spectacle, cinéma, équipements sportifs) et des espaces verts bien entretenus contribuent à une meilleure qualité de vie perçue. Ces éléments intangibles se traduisent, à moyen terme, par une prime sur les prix immobiliers.

À l’inverse, des territoires où les services publics se raréfient (fermeture de maternité, de services d’urgences, de tribunaux ou de gares) peuvent subir un décrochage progressif de leur marché immobilier, même si les fondamentaux économiques restent corrects. Comparer deux marchés immobiliers sans tenir compte de ce « capital d’équipements » conduit à sous-estimer la force d’attraction de certains territoires et la résilience de leurs prix.

Les dynamiques spéculatives et la psychologie comportementale des investisseurs

Enfin, il serait réducteur d’expliquer les écarts de prix uniquement par des facteurs « rationnels ». Les marchés immobiliers, comme les marchés financiers, sont traversés par des comportements mimétiques, des phénomènes de mode et des anticipations parfois déconnectées des fondamentaux. Deux villes comparables peuvent connaître des trajectoires de prix très différentes simplement parce que les investisseurs se sont raconté une histoire plus séduisante sur l’une que sur l’autre.

L’effet momentum et les bulles immobilières localisées : cas de bordeaux versus toulouse

L’« effet momentum » désigne cette tendance des investisseurs à extrapoler dans le futur les hausses récentes de prix. Bordeaux a connu, au cours des années 2010, une forte hausse des valeurs immobilières, alimentée par une combinaison de facteurs objectifs (arrivée de la LGV, rénovation urbaine, attractivité touristique) et de récit médiatique. Cet emballement a attiré de nouveaux investisseurs, qui ont eux-mêmes poussé les prix à la hausse, créant une dynamique auto-entretenue proche d’une bulle localisée.

Dans le même temps, Toulouse, pourtant comparable en taille, en dynamisme économique et en attractivité, a connu une progression plus régulière, moins spectaculaire. Les fondamentaux pouvaient justifier une convergence plus forte entre les deux marchés, mais la perception des investisseurs en a décidé autrement. Cet exemple illustre comment deux marchés immobiliers similaires peuvent diverger durablement sous l’effet de narrations différentes et de comportements mimétiques.

Le taux de rotation du parc immobilier et la durée moyenne de détention

Le taux de rotation du parc – c’est-à-dire la fréquence à laquelle les biens changent de mains – constitue un indicateur clé de la liquidité d’un marché. Dans les territoires où les propriétaires conservent longtemps leurs biens (durée moyenne de détention supérieure à 12 ou 15 ans), l’offre à la vente reste limitée. Cette rareté structurelle soutient les prix, même en l’absence de forte croissance démographique. À l’inverse, un marché où les biens se revendent plus fréquemment présente généralement une offre plus abondante et des prix plus modérés.

Cette durée de détention dépend à la fois de facteurs fiscaux, de stratégies patrimoniales et de la perception du risque. Dans les marchés perçus comme « sûrs » et en hausse continue, les propriétaires hésitent à vendre et à se repositionner ailleurs, de peur de « rater le train ». À l’inverse, dans les zones jugées plus incertaines, certains préfèrent arbitrer rapidement leurs positions. Deux marchés immobiliers proches en apparence peuvent donc présenter des niveaux de prix distincts simplement parce que l’un est très peu liquide, l’autre beaucoup plus fluide.

L’impact des plateformes de location courte durée type airbnb sur la pression locative

L’essor des plateformes de location courte durée, comme Airbnb ou Abritel, a profondément modifié l’équilibre de nombreux marchés immobiliers, en particulier dans les centres historiques et les zones touristiques. En offrant des rendements bruts souvent supérieurs à la location traditionnelle, ces usages ont incité une partie des propriétaires à retirer leurs biens du marché locatif classique pour les basculer en meublé de tourisme. Résultat : l’offre de logements pour les résidents permanents se réduit, la pression locative augmente et, par ricochet, les prix à l’achat sont tirés vers le haut.

Cette dynamique est particulièrement visible dans des villes patrimoniales ou balnéaires, où une part importante du parc ancien a été convertie en locations de courte durée. Dans d’autres territoires pourtant similaires en attractivité, mais ayant rapidement encadré ce type de locations (quotas, autorisations de changement d’usage, taxes spécifiques), l’impact sur les prix est resté contenu. Là encore, deux marchés immobiliers comparables peuvent diverger nettement selon la manière dont ils régulent ou non ces nouveaux usages touristiques du logement.